Serge Espoir Matomba : « Nous brûlons d'envie de regagner les terres de nos ancêtres »

Serge Espoir Matomba : « Nous brûlons d'envie de regagner les terres de nos ancêtres »

Serge Espoir Matomba, est un homme politique camerounais, Premier secrétaire du Peuple uni pour la rénovation sociale (PURS) et surtout la tête de proue de l’association « MUNEN Retour aux sources » qui s’oppose à la mutation juridique des terres de son peuple Banen. C’est à ce titre que YININDI lui a accordé cet entretien.

Bonjour Mr Serge Espoir Matomba. Pourriez-vous vous présenter aux Banen en général et particulièrement à ceux de la diaspora ?
Il est toujours difficile de parler de soi sur lorsqu'il s'agit de se décrire ou de se raconter. Mais ce qu'il faut retenir de ma personne est que je suis un fils Banen de père et de mère davantage connu aujourd'hui comme homme politique et opérateur économique.

Vous êtes la tête de proue du collectif ou plus exactement de l’association « MUNEN Retour aux sources ». Quelles actions concrètes en direction du gouvernement ont été menées pour le dissuader de muter les terres Banen dans le domaine privé de l’État ?
Disons d'entrée de jeu que le collectif « Les Banen disent non » est un regroupement des fils et filles Banen du Centre, du Littoral et de tout le Cameroun mobilisés et solidaires pour le retour de leurs frères dans ce qui fut jusqu’en 1963 la terre de leurs parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Une terre qui constitue la matrice principale de leur âme collective car s’y trouvent : cimetières et lieux sacrés qui constituent pour eux des repères culturels et traditionnels irremplaçables. Ils y ont encore leurs villages, leurs cases, leurs cacaoyères, leurs caféiers, leurs plantations de palmier à huile, leurs cocotiers, leurs pruniers et d’autres cultures vivrières régulièrement entretenues... La raison d’être de notre engagement se trouve dans l’expression de notre volonté collective de rentrer chez nous et de ne plus être des apatrides au Cameroun. Notre rassemblement est le relais de nos chefs traditionnels, des représentants des grandes familles, des figures culturelles, sportives, administratives, politiques et de toutes nos élites pour le bien de l’ensemble du peuple Banen au Cameroun. Nous revendiquons :

• L’annulation de l’avis de classement par le ministre des Forêts et de la Faune.
• L’aide et l’accompagnement de l’État pour la reconstruction et le repeuplement de nos villages par la création des infrastructures sociales : routes, ponts, écoles, centres de santé, points d’eau, énergie électrique, appuis en semences et intrants agropastoraux, en tôles et en moules de parpaing.
• Que le Gouvernement nous accompagne dans la préservation de notre patrimoine matériel et immatériel, physique, spirituel et culturel.
• La protection de l’écosystème particulier de cette zone afin de lui éviter une catastrophe écologique à travers sa destruction.
• Que le Gouvernement se renseigne et se penche sur la possibilité de la commercialisation du carbone qui abonde dans ce grand réservoir naturel. La mobilisation et l’adhésion d’une grande majorité des populations et de nombreux chefs traditionnels traduisent déjà l’ampleur de la réception de notre combat. Une bonne partie de nos dignes fils d’ici et de la diaspora soutient également cette cause.

Si le gouvernement recule, avez-vous un plan d’action pour l’occupation de ces terres ?
Nous brûlons d'envie de regagner les terres de nos ancêtres, nos terres pour y retrouver notre écosystème social, culturel et écologique qui nous depuis plus d'un demi-siècle au point d'avoir fait de nous des apatrides et des bâtards culturels dans notre propre pays. Notre exil et notre déportation forcés n'ont que trop duré. En ce moment où je vous parle, nos frères ont engagé la réouverture manuelle de la route Yingui -Ndikimeneki longue de 57 km afin de relier physiquement notre communauté que les divisions administratives ont arbitrairement séparé. Bon nombre des nôtres ont déjà envisagé le retour dans leur patrimoine afin de garantir un héritage physique à leur descendance. Chaque famille regagnera son village grâce aux études socio-antropologiques que nous sommes en train d'entreprendre pour les matérialiser. La création de nombreuses activités économiques est également envisagée et les démarches très avancées dans ce sens n'attendent que notre retour. Notre diaspora ainsi que des partenaires extérieurs se disent prêts à s'y impliquer.

Votre association est aussi contre la création d’une UFA (Unité Forestière Aménagement) sur nos terres. Quelles sont vos raisons ?
Une centaine de forêts (106 exactement) ont déjà fait l’objet d’une exploitation sous la forme d’Ufa au Cameroun. Entre nous, peut-on se réjouir ou se féliciter de leur bilan sur le plan social, écologique et même financier pour les populations riveraines ? Qu’ont-elles laissé derrière elles si ce n’est de la misère et d’impressionnants désastres écologiques et culturels. Combien de mètres de déchets sont par ailleurs créés pour un mètre cube de bois exploité ? Et que dire des conséquences sur le plan climatique au moment où le carbone devient une ressource prisée et rare de nos jours ?

Mais bien au-delà de l’UFA, nos contradicteurs parlent aussi de classement cet espace dans le registre du patrimoine privé de l’Etat à l’effet de les confier aux investisseurs pour exploitation sous forme d’Ufa. En toute logique, un domaine privé peut-il être un patrimoine public même s’il appartient à l’État ? Il s’agit clairement d’une procédure dissimulée de dépossession des terres et non d’autre chose. Ce qui implique par conséquent qu’une fois cette opération réalisée, les propriétaires légitimes n’y auront plus accès et qu’on pourra en faire ce qu’on en veut. Ce sont les Ufa aujourd’hui. Ce sera quoi demain ? Une société agro-industrielle à l’étendue à perte de vue avec les catastrophes écologiques qui l’accompagnent ? De toutes les façons, à quel domaine privé a-t-on accès même pour les légitimes une fois que c’est le cas ? Le problème est donc d’abord foncier. C’est pourquoi notre démarche consiste à exprimer notre opposition contre cette arnaque et ce vol foncier savamment préparés après ceux de 1963 quand nos communautés ont été expropriées de leurs terres par décision préfectorale un 31 juillet de cette année au prétexte de combattre et de déloger ceux qu’on traitait à l’époque de maquisards, avec une promesse de retour et de repeuplement pour les 06 prochains mois. Plus de 60 ans plus tard, nous continuons à être des exilés et des apatrides dans notre propre pays alors que toutes les autres communautés vivent sur leurs terres et en ont fait leurs patrimoines. Ce complot et cette escroquerie contre nous doivent s’arrêter.

Pourriez-vous nous éclairer au sujet des UFA dans des collectivités territoriales décentralisées ?
Une UFA est Unité Forestière Aménagée que l'État crée dans but de favoriser l'exploitation des grumes dans les parcelles qu'il a pris le soin de délimiter dans une forêt. Leur exploitation est censée développer les communes qui les abritent. Combien parmi celles qui les abritent le sont en termes de proportion ? Là est l'autre question essentielle.

Lors de la rencontre initiée par l’honorable Samuel Moth le 13 juin dernier, vous accusiez certains Banen d’avoir rencontré le MINFOF aux fins de privatiser les terres disputées. Peut-on avoir les noms ?
Je suis toujours mal à l'aise quand il s'agit de citer les noms des personnes dans une cause pour laquelle les enjeux sont ailleurs. Cela a la faiblesse de ramener le débat à des intrigues de personnes et de le détourner de l'objectif principal. Toujours est-il qu'une partie de notre élite soutient et défend la démarche du Gouvernement. Mais quels intérêts financiers personnels devraient en toute logique dépasser une dépossession foncière à vie de cette envergure ? Les populations semblent pour leur part avoir fait le choix de notre position qui est l’opposition au projet. C’est pourquoi nous avons pu recueillir plus de 5.000 signatures dans ce sens en moins d’un mois afin de les annexer à la pétition adressée à l’État. Aucun peuple sérieux ne peut en tout cas brader son patrimoine foncier, écologique et culturel de nos jours même au prix de n’importe quelle contrepartie financière surtout si une bonne partie de celui doit définitivement disparaître avec une telle opération. Quelle réponse donnerons-nous à nos enfants lorsqu’ils nous réclameront cet héritage ? Si certains ne voient aucun intérêt pour eux dans ce combat, qu’ils le fassent au moins pour leurs enfants afin de sauver leur honneur devant le tribunal de l’Histoire.

Quel était le but de la rencontre avec le MINFOF ?
Nous avons rendu visite au ministre de la Faune et de la Forêt en délégation le 28 avril 2020. Nous sommes allés comprendre les fondements juridiques, le rôle, les objectifs de ce projet et en avons profité pour lui exprimer l’opposition catégorique des populations autochtones de la forêt d’Ebo. Et ce, en nous adossant sur des cas précédents, sur des faits historiques connus et indéniables et enfin sur un argumentaire juridique en relation à la protection des minorités et des peuples autochtones. Nous avons également été reçus en audience par le Ministre Secrétaire Général des services du Premier Ministre pour les mêmes raisons. Il nous a révélé que le Gouvernement était attentif à notre préoccupation et qu’il s'emploiera à privilégier tout autant les intérêts des populations que ceux de l'État.

Parlant de la rencontre du 13 juin, le collectif « Missi yi Benen » y était et milite autant que votre association pour la préservation des terres Banen dans le domaine public de l’État. Pourquoi êtes-vous divisé ?
C'est une polémique qui n'a pas lieu d'être. Avoir des positions contraires à un camp n'empêche pas de répondre présent à son invitation. C'est même l'occasion d'échanger afin de s'accorder sur les points de convergence et de discuter sur ceux qui divergent. C'est en tout cas dans cette logique que nous y sommes allés et je veux croire que c'est le même état d'esprit qui animait ce collectif. En quoi serions-nous alors divisés si nous défendons les mêmes intérêts. Il faut plutôt voir en cette pluralité de mouvements au même but un important atout pour la pression faite au Gouvernement.

Dans les objectifs de votre association, vous déclarer vouloir rassembler les Banen de la diaspora afin d’assurer leurs intérêts matériels et moraux. Connaissez-vous YININDI ?
Je suis tenté de vous demander en quoi ma connaissance ou non de l'Agence de Développement du Peuple Banen empêche-t-elle la réalisation ou l'accomplissement des objectifs évoqués. Sans faire le procès de qui que ce soit, la pertinence de la revendication ou du respect d'un leadership s'adosse sur l'implication dans les combats visibles. C’est pourquoi je ne vous en veux pas sur votre article intitulé "Quel est donc le projet alternatif des terres Banen " dont le ton est plus polémique qu’analytique. Le dénigrement encore moins la diabolisation des autres ne constituent aucunement le profit que tireront les populations au sortir de toutes ces intrigues et querelles alimentées. Je me surprends à découvrir le déploiement de tant d'énergie dans cette direction plutôt qu'à déclencher des cadres propices au rapprochement et à la synergie des idées et des actions. Je souhaite donc être contacté par cette agence qui a l'avantage de me connaitre suffisamment. Le chemin inverse n'étant pas exclu.

Merci Mr Serge Espoir Matomba.
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